Brevets de la plaisance collaborative : comment naviguer en toute légalité ?

16 juillet 2026
6 min de lecture

La fin du flou juridique : pourquoi encadrer le partage de mer ?

Pendant des années, le principe de la co-navigation reposait exclusivement sur le partage des frais de bord, une pratique amicale, spontanée et désintéressée. Mais dès qu'une transaction financière dépasse ce strict cadre de la participation aux frais réels pour s'apparenter à une rémunération du skipper, la réglementation maritime classique s'applique avec toute sa rigueur. Pour éviter qu'un plaisancier ne s'improvise transporteur de passagers sans les qualifications requises, l'État a dû clarifier les règles du jeu.

Cette réglementation de la plaisance collaborative, autrefois qualifiée de « zone d'économie grise », s'est concrétisée par l'entrée en vigueur d'un décret et d'un arrêté le 28 décembre 2017. L'objectif de ces textes est double : protéger les passagers d'un point de vue sécuritaire et offrir une alternative souple au redoutable brevet de Capitaine 200. Ce dernier, sésame habituel de la marine marchande, s'avère souvent trop lourd et trop coûteux pour un skipper amateur souhaitant simplement encadrer des sorties partagées de manière régulière.

Comme le souligne le courtier spécialiste April Marine, ces nouveaux textes permettent d'exercer une activité réglementée au sein des usages collaboratifs sans pour autant devoir s'engager dans un enregistrement complexe du navire à un registre commercial. Si vous pratiquez le partage de frais classique sans but lucratif, la question reste simple. En revanche, dès que l'activité devient régulière ou lucrative, se poser la question du statut devient indispensable. D'ailleurs, si vous vous demandez comment fixer une participation juste sans basculer dans l'illégalité, vous pouvez consulter notre guide pratique pour calculer le juste prix de votre sortie en mer.

Les trois nouveaux brevets de la plaisance collaborative au crible

Pour s'adapter à la diversité des embarcations et des bassins de navigation, les Affaires Maritimes ont structuré l'offre de formation autour de trois titres professionnels spécifiques. Ces brevets permettent de transporter un nombre limité de passagers contre rémunération, dans des zones côtières bien définies.

1. Le brevet restreint d'aptitude à la conduite de petits navires

C'est le premier échelon de cette architecture professionnelle simplifiée. Ce titre s'adresse principalement aux conducteurs de petites embarcations à moteur de moins de 12 mètres. Les limites opérationnelles sont strictes : la puissance de propulsion doit être inférieure à 250 kW (environ 340 chevaux), la navigation doit s'effectuer à moins de 2 milles du point de départ, et le navire ne doit transporter aucun passager. Ce brevet est particulièrement adapté pour des activités techniques, des convoyages de proximité ou des missions d'assistance légère.

2. Le brevet d'aptitude à la conduite de petits navires (BACPN)

Véritable couteau suisse pour les skippers de bateaux à moteur, ce brevet élargit considérablement les horizons. Il autorise une navigation jusqu'à 6 milles du point de départ. Toujours limité aux unités de moins de 12 mètres et d'une puissance inférieure à 250 kW, il permet cette fois d'embarquer jusqu'à 12 passagers. C'est la solution idéale pour les guides de pêche à la journée, les excursions de découverte côtière ou les navettes locales.

3. Le brevet d'aptitude à la conduite de petits navires à voile

Les amoureux de la voile et du vent disposent eux aussi d'un titre dédié. Ce brevet est taillé sur mesure pour les voiliers de moins de 12 mètres. Il permet de naviguer de jour jusqu'à 6 milles d'un abri (une nuance technique majeure par rapport au point de départ, offrant beaucoup plus de liberté de parcours) avec un maximum de 12 passagers à bord. Que ce soit pour des sorties d'initiation à la manœuvre ou du transport à la voile d'une île à l'autre, ce brevet offre un cadre rassurant pour le chef de bord et ses équipiers.

Cursus et équivalences : comment décrocher ces brevets ?

Obtenir ces nouvelles qualifications ne relève pas du parcours du combattant. Les Affaires Maritimes ont conçu des passerelles intelligentes pour valoriser l'expérience déjà acquise par de nombreux plaisanciers.

Trois parcours de formation adaptés

La formation s'articule autour de trois profils d'entrée distincts :

  • Sans prérequis : pour les candidats qui démarrent de zéro et doivent suivre l'intégralité du cursus théorique et pratique.
  • Titulaires du permis plaisance : les marins possédant déjà un permis côtier ou hauturier bénéficient d'allègements de formation très significatifs, l'examen initial validant déjà une grande partie des compétences de sécurité.
  • Titulaires d'un diplôme Jeunesse et Sports : les professionnels de l'animation sportive (comme les moniteurs de voile titulaires d'un BPJEPS) voient leurs compétences largement reconnues avec des modules simplifiés.

Le jeu des équivalences directes

Pour les marins professionnels ou les skippers expérimentés, des passerelles automatiques ont été mises en place :

  • Le diplôme de CAPM matelot donne directement équivalence pour le brevet restreint d'aptitude.
  • Le diplôme de Capitaine 200 ou le certificat de matelot de pont ouvrent droit par équivalence directe au brevet d'aptitude à la conduite de petits navires (moteur).
  • L'association d'un diplôme de Capitaine 200 et d'une qualification de moniteur de voile permet d'obtenir par équivalence directe le brevet d'aptitude à la conduite de petits navires à voile.

Le permis d'armement : l'obligation administrative à ne pas oublier

Au-delà des compétences du skipper, la gestion administrative du navire lui-même a été modernisée pour accompagner ces nouveaux usages. Depuis le 1er janvier 2018, le permis d'armement plaisance est devenu obligatoire pour plusieurs situations bien définies. Ce document unique simplifie les démarches en remplaçant l'ancien rôle d'équipage, le rôle d'entreprise et le rôle collectif.

Vous devez obligatoirement solliciter un permis d'armement dans les cas suivants :

  • Pour un navire à usage personnel si le propriétaire emploie un marin professionnel directement ou via une entreprise de travail maritime.
  • Pour un navire loué à usage personnel si le locataire emploie lui-même un marin pour l'accompagner.
  • Pour un navire à usage personnel qui fait l'objet d'un convoyage par un marin professionnel rémunéré.

Cette démarche administrative garantit que le personnel navigant travaille dans des conditions de sécurité conformes et dispose d'une couverture sociale adaptée.

Assurance et pratiques locatives : l'avis de l'expert

Naviguer en règle avec les Affaires Maritimes est une excellente chose, mais s'assurer que son contrat couvre bien ces nouvelles formes de partage en est une autre. Dans le cadre de la co-navigation classique, les assureurs ont su s'adapter aux évolutions sociétales.

Par exemple, dans ses contrats de plaisance, April Marine couvre gratuitement, automatiquement et sans formalité complémentaire la co-navigation. C'est une sécurité appréciable pour partager ses frais de carburant ou de port en toute sérénité avec ses équipiers du jour.

Attention toutefois si vous franchissez le pas de la location de votre bateau au-delà d'une quinzaine de jours par an. Dans ce cas précis, la pratique commerciale devient prédominante. Il est alors fortement conseillé de mettre à jour votre contrat d'assurance en souscrivant un avenant spécifique vous autorisant à pratiquer la location entre particuliers. Cette démarche simple vous évitera d'éventuelles exclusions de garanties fort fâcheuses en cas de sinistre lors d'une mise à disposition payante.

Questions Fréquentes (FAQ)

La co-navigation classique sans partage de bénéfices nécessite-t-elle l'un de ces brevets ?

Non, la co-navigation basée strictement sur le partage des frais de la sortie (carburant, nourriture, place de port) reste une activité de loisir bénévole. Aucun brevet professionnel n'est requis, le permis plaisance classique (côtier ou hauturier selon la zone) suffit amplement.

Quelles sont les sanctions si l'on transporte des passagers payants sans brevet professionnel ?

Le transport de passagers contre rémunération sans le titre professionnel requis s'apparente à du travail dissimulé et à un défaut de qualification professionnelle. Les sanctions pénales peuvent être lourdes, allant de fortes amendes administratives à des peines d'emprisonnement, sans compter l'annulation immédiate de vos garanties d'assurance en cas d'accident.

Où doit-on s'adresser pour passer ces nouveaux brevets ?

Les formations menant aux brevets de conduite de petits navires sont dispensées par des centres de formation maritime agréés. Les inscriptions et le suivi administratif des dossiers de délivrance des titres s'effectuent auprès des directions départementales des territoires et de la mer (DDTM), via le service des Affaires Maritimes de votre quartier d'immatriculation.

Prêt à partager votre passion ?

La plaisance collaborative offre une formidable opportunité de naviguer plus souvent, de réduire ses coûts d'entretien et de faire de belles rencontres humaines sur l'eau. Grâce à ce cadre juridique clarifié, chacun peut désormais choisir la formule qui lui convient le mieux, en toute sécurité. Que vous soyez un skipper expérimenté désireux de vous professionnaliser ou un propriétaire adepte du partage convivial, la mer n'attend que vous. Rejoignez dès maintenant la communauté des membres de ShareMySea et découvrez toutes les annonces de sorties en mer disponibles près de chez vous pour larguer les amarres ensemble !

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