Bénéteau Oceanis 38.1 vs Jeanneau Sun Odyssey 389 : le vrai match des 38 pieds

23 juillet 2026
6 min de lecture

Deux visions de la croisière hauturière à taille humaine

Sur les pontons du Grand Pavois comme dans les marinas de la côte atlantique, la barre des 11 mètres trace une frontière que tout plaisancier connaît par cœur. C'est le format charnière : assez vaste pour embarquer la famille et les copains trois semaines en Méditerranée, encore assez raisonnable pour se glisser dans une place de port étriquée sans suer à grosses gouttes au coup de vent. Dans cette catégorie reine des 38 pieds, deux chantiers vendéens se disputent le marché de l'occasion récente : l'Oceanis 38.1 chez Bénéteau et le Sun Odyssey 389 chez Jeanneau.

Deux coques qui se ressemblent au premier coup d'œil, deux tempéraments qui n'ont rien à voir une fois à bord. Le duo Finot-Conq, pour Bénéteau, a parié sur un volume arrière généreux et une vie à bord pensée comme un appartement flottant. Marc Lombard, chez Jeanneau, a dessiné une coque plus tendue, héritière directe du 379, taillée autant pour le plaisir du pilotage que pour le farniente au mouillage. Loft ambulant ou voilier de caractère ? Traversée de la Manche par gros temps ou cabotage tranquille entre les criques des Baléares ? On regarde ça de près, sans langue de bois.

Architecture navale : deux façons de dessiner un bouchain

Au quai, la parenté avec la croisière moderne saute aux yeux : double barre à roue, deux safrans, carène large sur l'arrière. Rien de très original en soi, la quasi-totalité des chantiers a adopté cette recette depuis une dizaine d'années. C'est en regardant les devis de poids et les lignes d'eau que les deux architectes révèlent leur signature.

L'Oceanis 38.1 assume des bouchains marqués qui courent de la mi-coque jusqu'au tableau arrière, comme une arête qui structure toute la carène. Le bateau s'appuie littéralement dessus dès qu'il gîte de quelques degrés, un peu à la manière d'un skieur qui charge son carre. Résultat : une raideur à la toile étonnante et un volume intérieur colossal côté cabine arrière et cockpit. L'étrave, droite à la flottaison, gagne en longueur dynamique dès que la vitesse grimpe.

Le Sun Odyssey 389 joue une autre partition. Carène plus tendue, entrées d'eau plus fines à l'avant, capables d'absorber le clapot court de la Manche ou du golfe du Lion sans taper dans les creux. Le bouchain existe, mais reste discret, presque effacé dans une recherche d'équilibre global. Au ponton, la silhouette du Jeanneau paraît plus fine, presque sportive, avec un tonture bien dessiné qui casse la ligne massive habituelle des plans modernes.

Sur l'eau : deux tempéraments, deux plaisirs

Dès que le vent de mer s'installe autour de 15 nœuds, les différences deviennent palpables sous les pieds. À la barre du Sun Odyssey 389, le plaisir arrive tout de suite. Le retour de barre est net, précis, presque bavard au près serré. Même quand la brise forcit, il continue de remonter au vent sans dériver comme une baignoire. Les marins qui aiment affiner leurs réglages, régler l'angle du chariot d'écoute au degré près ou suivre leur cartographie marine pour grappiller un demi-nœud, trouveront ici un vrai partenaire de jeu.

L'Oceanis 38.1 raconte une autre histoire : celle de la sérénité. Sous voiles, la stabilité initiale surprend — le bateau se cale vite sur sa carène et avale les milles sans s'énerver. La barre est plus neutre, moins bavarde, mais la sensation de sécurité reste totale, même en équipage réduit ou avec des enfants à bord qui courent partout. L'arceau de grande voile, en option ou de série selon les millésimes, libère complètement le cockpit de l'écoute de grand-voile : un vrai soulagement pour le skipper solo qui n'a pas envie de slalomer entre les bouts à chaque virement.

Un convoyeur professionnel, habitué à livrer les deux modèles entre Lorient et La Corogne, résume bien la différence : l'Oceanis tient des moyennes élevées au portant sans jamais fatiguer le pilote automatique, tandis que le Sun Odyssey se révèle plus joueur dès que le vent mollit et qu'il faut aller chercher la voile au près.

Cockpit et pont : où se joue la vie au mouillage

Au mouillage, le cockpit devient la vraie pièce à vivre du bateau — c'est là qu'on prend l'apéro, qu'on étend les serviettes, qu'on refait le monde après une journée de navigation. Sur ce terrain, l'Oceanis 38.1 frappe fort. Le maître-bau, repoussé très loin vers l'arrière, offre un espace de cockpit qui donne presque l'impression d'être sur un 40 pieds. Sans écoute de grand-voile au milieu du passage (quand l'arche est montée), la circulation entre la descente et la jupe arrière devient fluide, sans obstacle à enjamber. La plage de bain basculante, particulièrement large pour la catégorie, transforme chaque mouillage en piscine privée.

Le Sun Odyssey 389 ne s'en sort pas mal du tout. Son cockpit, plus enveloppant, entoure bien les équipiers et rassure les familles avec de jeunes enfants lors des navigations un peu remuantes. Les renvois de manœuvres arrivent directement aux postes de barre : le bateau se manie facilement en solo ou en couple, sans avoir besoin de courir d'un bord à l'autre. La plateforme de bain, plus modeste en surface, reste intuitive et bien pensée dans son intégration au tableau arrière.

Aménagements intérieurs : loft contemporain ou tradition retravaillée

C'est en descendant les marches que le contraste devient le plus net. Bénéteau a confié le style de l'Oceanis 38.1 au cabinet Nauta Design, et ça se voit dès le premier regard : ambiance lumineuse, aérée, presque scandinave. Disponible en version 2 ou 3 cabines, l'agencement mise sur une cuisine en L généreuse et un carré baigné de lumière grâce à de longs vitrages de coque. La cabine avant, accessible par une double porte battante, offre une perspective saisissante depuis la descente — l'effet loft fonctionne vraiment, ce n'est pas qu'un argument marketing de brochure.

Le Sun Odyssey 389 propose une approche plus classique dans l'esprit, mais tout aussi soignée dans l'exécution. Les architectes d'intérieur de Jeanneau ont privilégié des volumes bien répartis, avec une cabine arrière tribord particulièrement généreuse pour un bateau de cette longueur, et des rangements pensés pour la croisière longue durée plutôt que pour le week-end. On sent le bateau conçu par des gens qui naviguent vraiment, pas seulement par des designers qui dessinent de jolis rendus 3D.

Motorisation, autonomie et équipements courants

Côté propulsion, les deux chantiers proposent des motorisations Yanmar comprises entre 21 et 29 chevaux selon les versions, largement suffisantes pour manœuvrer au port et remonter contre un clapot modéré. Les réservoirs de carburant tournent autour de 130 à 150 litres selon les configurations, ce qui garantit une autonomie confortable pour une saison de croisière côtière sans multiplier les arrêts à la pompe. L'eau douce, elle, oscille entre 200 et 300 litres selon les options — un point à vérifier de près si vous envisagez des mouillages prolongés en famille nombreuse, parce que rien ne gâche plus vite une croisière qu'une douche coupée au bout de trois jours.

Les deux modèles se déclinent aujourd'hui avec des packs électroniques modernes (pilote automatique, traceur GPS intégré, panneaux solaires en option), ce qui facilite grandement la revente sur le marché de l'occasion récente. Un acheteur avisé regardera toujours la date d'entretien du moteur et l'état des batteries de servitude avant de se laisser séduire par la déco du carré.

Budget et cote sur le marché de l'occasion

Sur le marché du neuf, les deux voiliers se positionnent dans une fourchette comparable, autour de 220 000 à 260 000 euros TTC en version bien équipée, hors options de personnalisation. En occasion récente, comptez entre 150 000 et 190 000 euros pour un modèle de trois à cinq ans en bon état, avec un entretien suivi et un moteur qui n'a pas dépassé les 1 000 heures. L'Oceanis 38.1, produit en plus grand nombre, offre généralement un choix plus large sur le marché de la revente, ce qui peut jouer en votre faveur au moment de négocier.

Alors, lequel embarquer cet été ?

Aucun de ces deux bateaux n'est meilleur dans l'absolu — c'est justement ce qui rend le choix intéressant, et un peu piégeux si on se fie uniquement aux fiches techniques. Si votre feuille de route ressemble à des étés en famille, des mouillages prolongés et un cockpit où tout le monde peut s'étaler sans se marcher dessus, l'Oceanis 38.1 coche toutes les cases. Si vous cherchez avant tout des sensations à la barre, un bateau qui répond au doigt et à l'œil quand le vent se met à souffler pour de bon, le Sun Odyssey 389 vous le rendra bien.

La meilleure façon de trancher reste encore de monter à bord des deux, par une journée de vent franc, et de laisser vos mains décider à votre place. Sur ShareMySea, plusieurs propriétaires proposent justement des sorties à la journée sur ces deux modèles — l'occasion parfaite de comparer sans sortir le chéquier. Alors, plutôt loft ou pur-sang ?

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