Rec Fishing et déclarations obligatoires : ce qui change pour la pêche de loisir en mer
La transition numérique de la gestion halieutique
Le clapotis de l'eau contre la coque, l'odeur d'iode au petit matin, l'attente fébrile de la touche... Pour des milliers de passionnés, la pêche de loisir incarne un espace de liberté absolue. Pourtant, l’époque où l'on pouvait remonter ses lignes sans autre formalité que le respect des tailles minimales s'efface doucement. Face à la pression croissante sur les ressources marines, les autorités maritimes déploient de nouveaux outils de suivi. Au cœur de cette petite révolution : le dispositif numérique Rec Fishing, conçu pour recenser précisément les prélèvements des usagers non professionnels.
Selon les estimations de l'Ifremer, la pêche récréative rassemble près de deux millions de pratiquants réguliers ou occasionnels sur les côtes françaises. Un poids non négligeable qui, mis bout à bout, pèse sur les stocks de poissons sensibles. C'est pour mesurer cet impact et adapter les quotas que la Direction Générale des Affaires Maritimes, de la Pêche et de l'Aquaculture (DGAMPA) a initié cette transition vers la déclaration dématérialisée.
L'application Rec Fishing : le nouveau carnet de pêche numérique
Finis les carnets papier qui prennent l'eau dans la cabine. L'application officielle Rec Fishing devient le point de passage privilégié pour enregistrer vos captures. Cet outil gratuit, disponible sur smartphone, permet aux usagers de déclarer leurs prises directement depuis le bateau ou dès le retour au port. L'objectif avoué des autorités est d'obtenir une cartographie en temps réel des prélèvements pour éviter les fermetures brutales de zones de pêche en fin de saison.
« Au début, j'avoue que j'étais sceptique », confie Jérôme, un habitué des sorties autour de l'archipel des Glénan. « On a toujours peur que cela devienne une usine à gaz administrative. Mais à l'usage, l'interface s'avère assez fluide. On sélectionne la zone, l'espèce, la taille, et on valide en quelques clics avant de débarquer le poisson. C'est un coup de main à prendre. »
Cette démarche s'inscrit dans un cadre législatif européen plus global. Les pêcheurs doivent s'adapter à une surveillance accrue, qui vise avant tout à pérenniser la ressource pour que les générations futures puissent continuer à traquer le poisson de sport. Pour en savoir plus sur le cadre légal général de nos sorties, vous pouvez consulter notre article complet sur la réglementation maritime pour les plaisanciers.
Quelles sont les espèces soumises à déclaration obligatoire ?
Toutes les prises ne nécessitent pas encore un passage par l'application, mais la liste des espèces sous haute surveillance s'allonge régulièrement. Les poissons faisant l'objet de quotas stricts ou de plans de reconstruction sont les premiers visés par cette obligation de déclaration électronique :
Le thon rouge : Sa pêche, soumise à l'obtention d'une bague de marquage annuelle, exige désormais une déclaration systématique et immédiate des captures via l'application ou par formulaire officiel.
Le bar européen (loup) : Selon les zones de capture (notamment au nord du 48ème parallèle), les limites journalières de prélèvement sont strictes et doivent être scrupuleusement enregistrées. Si vous ciblez ce magnifique prédateur, n'hésitez pas à parcourir notre guide sur la pêche du bar en mer pour ajuster vos techniques.
Le cabillaud et le lieu jaune : Particulièrement surveillés en Manche et en mer du Nord, ces poissons font l'objet de suivis de populations très rigoureux.
Le non-respect de ces obligations déclaratives expose le contrevenant à de lourdes sanctions, allant de la simple amende administrative à la saisie du matériel de pêche, voire du navire dans les cas de récidive ou de braconnage caractérisé.
Marquage des captures : une règle physique toujours en vigueur
Il ne faut pas confondre la déclaration numérique sur Rec Fishing et l'obligation physique de marquage. Cette règle, instaurée pour lutter contre la revente illégale (le produit de la pêche de loisir devant exclusivement servir à la consommation personnelle du pêcheur et de sa famille), reste pleinement active.
Pour la quasi-totalité des espèces nobles (bar, dorade royale, pagre, sars, etc.), vous devez couper la partie inférieure de la nageoire caudale (la queue) du poisson dès sa mise au sec. Ce geste simple doit être effectué de manière à ne pas empêcher la mesure de la taille totale du poisson lors d'un éventuel contrôle par les agents des Affaires Maritimes ou de la Gendarmerie Maritime.
FAQ : Les questions fréquentes des pratiquants
L'application Rec Fishing fonctionne-t-elle sans réseau internet en mer ?
Oui, l'application a été pensée pour l'environnement marin. Vous pouvez saisir vos données de capture hors-ligne lorsque vous êtes au large. L'application stocke les informations localement et synchronise automatiquement votre déclaration dès que votre téléphone capte à nouveau un réseau mobile ou une connexion Wi-Fi au port.
Que risque-t-on en cas d'oubli de déclaration d'un thon rouge ?
Le thon rouge est l'une des espèces les plus réglementées au monde. Oublier de déclarer une capture ou ne pas apposer la bague obligatoire constitue un délit. Les sanctions peuvent atteindre plusieurs milliers d'euros d'amende, la confiscation des cannes et du moulinet, et parfois même le retrait temporaire ou définitif du permis de conduire les navires de plaisance.
Cette réglementation s'applique-t-elle aussi à la pêche du bord ?
Tout à fait. Que vous pratiquiez le surfcasting depuis une plage landaise, la pêche aux leurres depuis les rochers bretons, ou à bord d'un kayak de mer, les obligations de tailles minimales, de marquage physique et de déclaration de certaines espèces s'appliquent de la même manière à tous les pêcheurs de loisir.
Partager une approche durable de la mer
S'adapter à ces nouvelles exigences numériques est le prix à payer pour préserver notre terrain de jeu favori. En déclarant honnêtement nos prises, nous participons activement à la collecte de données scientifiques fiables, garantissant que les quotas de pêche restent justes et basés sur la réalité des stocks.
La mer est un espace de partage. Si vous cherchez des équipiers pour diviser les frais de carburant ou simplement passer un moment convivial à traquer le poisson de manière responsable, rejoignez notre communauté de passionnés sur ShareMySea. Ensemble, naviguons et pêchons dans le respect des règles et de l'océan.