Fabrice Amedeo : du journalisme au grand large, le marin qui mesure le pouls de l'océan

22 juillet 2026
4 min de lecture

De la plume à la barre : la métamorphose d'un passionné

Troquer les conférences de rédaction parisiennes pour le tumulte furieux des mers du Sud n’est pas un cheminement ordinaire. C’est pourtant l’itinéraire singulier tracé par Fabrice Amedeo. Rien ne prédestinait cet ancien grand reporter du Figaro, diplômé de Sciences Po, à rivaliser un jour avec l'élite de la voile mondiale. Mais la passion de la mer, insufflée dès l'enfance sur les côtes d'Aunis et du Pertuis charentais, a fini par l'emporter sur la routine du papier glacé.

Ses débuts sur l’eau s’écrivent en parallèle de sa carrière journalistique. Entre deux bouclages, Fabrice s’évade en Figaro Bénéteau, affûtant ses armes sur les régates exigeantes du circuit de la Solitaire. En 2008, l'appel du large devient trop fort. Le journaliste pose son stylo pour devenir un marin à plein temps, guidé par un besoin viscéral d'embrasser l'horizon sans compromis.

Un palmarès forgé dans l'exigence des grands caps

Entrer dans l'univers très fermé des skippers professionnels demande une ténacité sans faille. Fabrice Amedeo apprend vite et gravit les échelons avec méthode. De la Class40 aux monstres de carbone de 60 pieds que sont les IMOCA, il accumule les milles et construit un palmarès solide face aux plus fins tacticiens de la course au large.

Ses faits d'armes parlent d'eux-mêmes :

Ses participations répétées à la Route du Rhum (2010, 2014, 2018, 2022) démontrent sa capacité à dompter l'Atlantique en solitaire. Mais c'est lors du Vendée Globe 2016-2017 qu'il réalise son rêve le plus cher : accomplir son premier tour du monde sans escale et sans assistance, en bouclant l'épreuve à une très honorable 11e place au bout de 103 jours de mer.

La voile reste toutefois une école d'humilité. Lors de l'édition 2020 du Vendée Globe, des pannes d'ordinateurs de bord puis l'avarie de ses capteurs le contraignent à l'abandon au large de l'Afrique du Sud. Deux ans plus tard, lors de la Route du Rhum 2022, la fatalité frappe à nouveau : son bateau prend feu et coule au large des Açores. Un traumatisme absolu pour tout marin, sauvé in extremis par un cargo. Là où d'autres auraient jeté l'éponge, Amedeo puise dans ces épreuves une force nouvelle pour bâtir un projet encore plus ambitieux.

Le bateau-laboratoire : naviguer pour comprendre et protéger

Au-delà de la ligne d'arrivée, c'est le sens même de son engagement en mer qui motive aujourd'hui le marin. À l'image de confrères comme Sébastien Simon qui repoussent les limites de l'ingénierie navale, Fabrice Amedeo a fait le choix de donner une portée sociétale et scientifique majeure à ses campagnes maritimes.

Depuis plusieurs saisons, son IMOCA est transformé en véritable sentinelle océanique. Équipé de capteurs scientifiques de pointe fonctionnant en continu, son voilier mesure :

La présence de microplastiques dans la colonne d'eau, la salinité, la température de surface ainsi que le CO2 dissous. Lors de ses traversées, il préserve également des échantillons d'ADN environnemental, offrant aux chercheurs d'instituts comme l'Ifremer, le CNRS ou Geomar des données inestimables prélevées dans des zones très peu fréquentées par les navires scientifiques traditionnels.

Dans sa démarche environnementale, le skipper est allé plus loin encore en choisissant un bateau de génération précédente, sans foils géants, privilégiant la simplicité, la fiabilité et la sobriété carbone plutôt que la quête effrénée du moindre demi-nœud de vitesse.

Des partenaires unis par la transition et le sens

Un tel projet ne s’écrit pas seul. Fabrice Amedeo a su fédérer autour de lui des entreprises partageant cette vision responsable du sport de haut niveau. Des partenaires majeurs comme Nexans, Wewise ou encore des acteurs régionaux et institutionnels l'accompagnent dans cette aventure humaine et technique.

« Faire de la course au large un vecteur de connaissance pour la planète change complètement la perspective quand on se retrouve seul à la barre au milieu de nulle part », confiait le skipper lors d'une escale technique. Pour ses sponsors, l'engagement va bien au-delà du simple affichage d'un logo sur une voile : il s'agit de participer activement à la collecte de données indispensables pour mieux anticiper le changement climatique.

Questions fréquentes sur Fabrice Amedeo

Quel est le meilleur résultat de Fabrice Amedeo sur le Vendée Globe ?

Son meilleur résultat est une 11e place obtenue lors du Vendée Globe 2016-2017, qu'il a bouclé en 103 jours, 21 heures et 18 minutes pour sa toute première participation à la mythique épreuve autour du monde.

Quels types de données scientifiques son IMOCA collecte-t-il en mer ?

Son voilier prépare des relevés de microplastiques, calcule la concentration de dioxyde de carbone (CO2) dissous, évalue la salinité et la température de l'eau, tout en captant des fragments d'ADN environnemental pour cartographier la biodiversité marine.

Pourquoi a-t-il choisi un bateau sans foils pour ses derniers projets ?

Fabrice Amedeo a privilégié la sobriété énergétique, la réduction de l'empreinte carbone globale du projet et une fiabilité accrue dans les mers australes, plaçant la mission scientifique et le bouclage du parcours au cœur de sa démarche.

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