
La Frégate Hermione Lafayette : grande histoire, secret de voiles
Imposante, fière, portant haut ses trois mâts et ses 2 200 mètres carrés de voilure, l'Hermione n'est pas une simple réplique historique. C'est un livre d'histoire vivant qui a refait traverser l'Atlantique au souvenir du Marquis de Lafayette. Mais aujourd'hui, le répit n'est pas à l'ordre du jour pour ce symbole du patrimoine français. Amarrée dans le port de Bayonne, à Anglet, la célèbre frégate mène une bataille feutrée mais décisive contre les champignons lignivores qui ont attaqué son bordé en chêne. Retour sur une aventure humaine hors norme, entre épopée du XVIIIe siècle, prouesses de charpente navale et défis d'un chantier d'exception.
Une naissance rochefortaise gravée dans la légende maritime
1779, arsenal de Rochefort. Les marteaux résonnent sur la cale, les effluves de goudron de Norvège et d'étoupe envahissent les rives de la Charente. En moins de onze mois, les charpentiers du Roi façonnent une frégate de 12 rapide, manœuvrable, armée de 26 canons de 12 livres. Sa mission historique ? Transporter le jeune Gilbert du Motier, marquis de Lafayette, vers le continent américain en pleine guerre d'indépendance. Lorsqu'il débarque à Boston en avril 1780, le message dont il est porteur est crucial : la France envoie des troupes et une flotte pour soutenir le général Washington.
Après des faits d'armes éclatants en Atlantique, le navire originel sombre tragiquement en 1793 au large du Croisic, victime d'une erreur de navigation. Il aura fallu attendre deux siècles pour qu'une poignée de passionnés visionnaires, rassemblés au sein de l'Association Hermione-Lafayette, insuffle une seconde vie à ce joyau. Vingt-sept ans de passion et de travail acharné dans la même forme de radoub à Rochefort ont permis le miracle : faire renaître ce symbole à l'identique, avant son grand voyage commémoratif vers les côtes américaines en 2015.
Anatomie d'un trois-mâts : la haute couture de la charpente de marine
Naviguer sur une telle unité exige un art de la manœuvre aujourd'hui bien éloigné de nos cockpits modernes. Avec ses 65 mètres de longueur hors-tout, son bau de 11,24 mètres et son tirant d'eau poussé à 5 mètres, la frégate réclame une discipline collective absolue. À bord, aucun winch électrique ni enrouleur hydraulique : chaque bras, chaque drisse, chaque ris se règle à la force musculaire, au rythme des ordres chantés depuis le pont de quart.
"Prendre un ris dans le perroquet de fougue par force 6, c'est toucher du doigt ce qu'éprouvaient les marins de Suffren ou de Tourville", confiait un ancien gabier bénévole lors de la grande traversée. Pour quiconque envisage un stage de voile et une formation à la croisière, observer les manœuvres d'un tel gréement reste la plus belle des leçons de matelotage. Les poulies en bois de gayac, le gréement dormant en chanvre goudronné et les kilomètres de cordages rappellent que la grande navigation a longtemps été une œuvre d'artisanat pur.
Le grand carénage d'Anglet : le combat contre l'ennemi invisible
Depuis l'automne 2021, le trois-mâts a quitté son berceau de Charente-Maritime pour rejoindre la forme de radoub d'Anglet-Barbot, dans l'embouchure de l'Adour. C'est lors d'une inspection approfondie sous la ligne de flottaison que le diagnostic est tombé : une attaque de champignons lignivores, le redoutable polypore des caves, s'est développée dans les parties arrières de la coque. L'humidité résiduelle et le manque de ventilation dans les zones les plus confinées du bordé ont créé un terrain favorable à ce fléau du bois.
Le chantier engagé par l'association est monumental. Il ne s'agit pas ici d'un simple coup de peinture ni d'une escale classique d'entretien dans nos ports de plaisance. Les charpentiers de marine doivent déborder des pans entiers de la coque, tailler des pièces de chêne massif sur mesure et intégrer des systèmes de ventilation et de traitement préventif inédits. Soutenu par les collectivités, l'État et des milliers de donateurs individuels, ce chantier est devenu un lieu de démonstration unique pour les savoir-faire traditionnels de la charpenterie navale.
L'esprit d'équipage : la transmission au cœur du projet
Ce qui fait avancer ce grand vaisseau, c'est aussi son sang neuf. Si une poignée de marins professionnels assure le commandement permanent et la sécurité des installations, l'essentiel de l'équipage en mer est constitué de gabiers volontaires. Âgés de 18 à 70 ans, ces passionnés viennent d'horizons très variés : étudiants, cadres, artisans ou marins pêcheurs. Tous reçoivent une formation rigoureuse pour apprendre à grimper dans les hunes, serrer une voile à 30 mètres de hauteur et vivre en communauté restreinte.
Aux exigences de la tradition s'ajoutent évidemment les standards modernes de sécurité en mer : deux moteurs auxiliaires, une centrale de navigation satellite et des moyens de sauvetage modernes dissimulés dans les structures. Une alliance subtile entre le respect du passé et les exigences maritimes contemporaines.
FAQ : Tout savoir sur l'Hermione et son actualité
Où se trouve actuellement la frégate Hermione ?
La frégate est actuellement installée dans le port de Bayonne, sur le site d'Anglet (Pyrénées-Atlantiques), dans le bassin de radoub où se déroule son grand chantier de restauration.
Peut-on visiter l'Hermione pendant les travaux à Anglet ?
Oui, le chantier reste accessible au public. L'Association Hermione-Lafayette propose des visites guidées permettant de découvrir l'intérieur de la forme de radoub, d'observer les charpentiers de marine à l'œuvre et de comprendre le travail de restauration sur le bois.
Quand l'Hermione pourra-t-elle reprendre la mer ?
La date de sa prochaine mise à l'eau dépend de l'avancement du remplacement des pièces de bois fragilisées et de la finalisation du budget du chantier. L'objectif de l'équipe reste de lui rendre son élément naturel dès que la structure garantira une sécurité absolue.
L'Hermione est bien plus qu'une réplique : elle est le symbole vivant de notre passion commune pour la mer et le voyage. En attendant de revoir ses grands voiles blanches se gonfler au large, gardons l'œil sur les horizons et la tradition navale. Vous rêvez vous aussi de prendre le large ou d'embarquer pour une sortie partagée sur un voilier de caractère ? Consultez dès maintenant les annonces de co-navigation sur ShareMySea et rejoignez une communauté de marins passionnés prêts à partager leur sillage.
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