Octopus : le géant des mers de Paul Allen entre luxe, exploration et histoire
Paul Allen et la vision d'un navire d'exploration sans frontières
Quand on aborde le monde des navires d'exception, certains bateaux dépassent la simple démonstration de richesse pour devenir de véritables laboratoires de haute mer.
C'est précisément l'histoire d'Octopus. Commandé à la fin des années 1990 par Paul Allen, le cofondateur de Microsoft disparu en 2018, ce mastodonte de 126 mètres de long a totalement redéfini les standards du nautisme mondial lors de sa livraison en 2003.
Conçu autant pour croiser au large de la Côte d'Azur que pour braver les glaces polaires ou sonder les profondeurs abyssales, il demeure une référence incontournable de l'architecture navale moderne.
Au moment d'engager la conception du projet en 1998, Paul Allen impose une confidentialité absolue. Les accords de non-divulgation signés par les équipes de construction instaurent un niveau de secret inédit dans le secteur. Pour donner vie à son rêve d'exploration, l'homme d'affaires américain s'adresse au designer Espen Øino pour les lignes extérieures et à Jonathan Quinn Barnett pour les aménagements intérieurs.
Le chantier est confié aux spécialistes allemands Lürssen à Brême et Howaldtswerke-Deutsche Werft (HDW) à Kiel. Le coût de construction atteint la somme colosalle de 200 millions de dollars US.
L'objectif de Paul Allen n'était pas de construire un simple palais flottant. Passionné par l'océan, la technologie et la musique, il souhaitait rassembler toutes ses passions au sein d'une même plateforme capable de traverser les océans sans escale.
Avec un volume impressionnant de 9 932 GT, le géant allemand offre une surface d'aménagement hors norme, pensée pour accueillir 26 invités et 57 membres d'équipage répartis dans 41 suites luxueuses.
Des caractéristiques techniques impressionnantes : de la marina au sous-marin
Sur le plan nautique et technique, Octopus se distingue par des équipements rarement observés sur une unité privée. Doté d'une coque renforcée intégrant une technologie brise-glace, le bâtiment affiche une autonomie colossale de 12 500 milles nautiques, lui permettant de rallier les zones les plus isolées du globe sans ravitailler.
La conception du navire s'articule autour d'une gigantesque marina intérieure : une dock humide traversante de 36 mètres de long logée au cœur de la coque, accessible par un imposant tableau arrière ouvrant.
C'est dans cet abri fermé que prennent place les principales annexes du bord. L'unité principale est un tender Delta 54 en carbone de 18 mètres capable de naviguer à 30 nœuds sur un rayon d'action de 450 milles. Au fil des années, la flotte embarquée a également compté un tender sur mesure Vikal de 18 mètres baptisé Man-of-War ainsi qu'une vedette Hinckley de 13 mètres.
Pour les reconnaissances aériennes et les transferts rapides, la superstructure intègre deux héliports distincts : une plateforme sur la plage avant et un double pont d'atterrissage avec hangars intégrés à la poupe.
L'une des plus grandes spécificités du navire réside dans ses capacités d'exploration sous-marine. Il transporte notamment Pagoo, un sous-marin privé capable d'embarquer huit passagers et deux membres d'équipage pour des immersions pouvant atteindre huit heures d'affilée.
Un second engin submersible a également été mis à contribution dans le cadre de projets scientifiques mondiaux, notamment pour le programme « Explore the Ocean » développé par Google Earth.
À bord, le niveau d'équipement demeure stupéfiant. Dès 1998, chaque cabine disposait d'écrans tactiles de contrôle, une innovation technologique majeure pour l'époque. Le navire abrite une piscine, un terrain de basket-ball, une salle de cinéma, un spa, un gymnase et un salon d'observation panoramique.
Paul Allen y avait également fait installer un studio d'enregistrement professionnel avec vue sur l'océan, où il aimait composer et recevoir des artistes internationaux. Lors d'un vaste chantier de rénovation entrepris en 2019 aux chantiers Blohm+Voss à Hambourg, ce studio a été transformé par la designer Adriana Monk en un bar-lounge contemporain.
Du fond des abysses aux archives de l'Histoire : les grandes missions scientifiques
Au-delà des réceptions privées et des croisières de vacances, Octopus a consacré une part essentielle de son temps de navigation à la recherche scientifique et aux missions d'assistance en mer. Prêté à de nombreuses reprises par son propriétaire à des organismes de recherche, le navire a participé à l'étude du cœlacanthe, un poisson préhistorique considéré pendant longtemps comme éteint.
Il a également été déployé pour secourir les survivants ou rechercher les épaves d'aéronefs disparus, à l'image des recherches menées au large des îles Palaos pour retrouver un pilote américain et son équipage.
Les opérations menées en haute mer ne se sont pas faites sans péril. En janvier 2011, alors que le bâtiment faisait route vers l'Antarctique, l'un de ses hélicoptères a été contraint d'effectuer un amerrissage d'urgence au large des côtes argentines. Bien que l'appareil ait subi de lourds dégâts matériels, l'accident n'a fait aucune victime déplorer, le copilote ne souffrant que de blessures légères. Paul Allen ne se trouvait pas à bord lors de l'incident.
En 2012, le propriétaire d'Octopus prend part aux côtés du réalisateur James Cameron à l'expédition historique vers la fosse des Marianes, le point le plus profond des océans. Mais c'est en 2015 que l'équipe d'exploration du navire marque définitivement l'histoire maritime mondiale par deux découvertes majeures.
En mars 2015, après huit années de recherches intensives menées avec des systèmes d'imagerie acoustique et des robots sous-marins, l'équipe retrouve le cuirassé japonais Musashi. Gisant par 1 000 mètres de fond dans la mer de Sibuyan, au cœur de l'archipel des Philippines, le géant de la Seconde Guerre mondiale avait été coulé en octobre 1944. Les images haute définition transmises depuis le fond sous-marin par les équipements du bord ont fait le tour du monde.
Quelques mois plus tard, en août 2015, Octopus s'illustre en Atlantique Nord. L'équipe réussit à remonter la cloche de bronze du croiseur britannique HMS Hood, envoyé par le fond en 1941 par le navire allemand Bismarck. Rénovée avec soin, cette pièce de patrimoine historique a été officiellement dévoilée en 2016 par la princesse Anne au National Museum of the Royal Navy à Portsmouth, marquant le 75e anniversaire du naufrage.
Des quais d'Antibes au charter international : la seconde vie d'un mythe
Bien que configuré pour affronter les mers polaires et les océans lointains, Octopus est aussi un habitué des côtes méditerranéennes. Les passionnés de plaisance et de navires de tradition ont souvent pu admirer ses lignes sombres et imposantes le long de la Côte d'Azur. L'une de ses escales de prédilection en Méditerranée demeure la Côte d'Azur, où la démesure de sa superstructure attire immanquablement le regard des marins au mouillage.
Pour accueillir un tel titan des mers, très peu d'infrastructures de port de plaisance disposent des tirants d'eau et des longueurs de quai nécessaires. C'est tout naturellement vers la baie des Anges et le Quai des Milliardaires que le navire s'est souvent tourné. Si vous souhaitez en savoir plus sur l'infrastructure d'accueil des plus grands yachts du monde, n'hésitez pas à lire notre article sur l'histoire et les chiffres clés du port d'Antibes.
Après la disparition de Paul Allen en octobre 2018 des suites d'un lymphome non hodgkinien, le devenir de sa flotte a suscité de nombreuses interrogations dans le milieu nautique. Proposé à la vente en 2019 par les courtiers Burgess et Fraser pour un prix initial avoisinant les 325 millions de dollars (295 millions d'euros), Octopus a entamé une nouvelle phase de son existence. À la suite de son grand refit technique chez Blohm+Voss destiné à valider ses inspections des 15 ans, le navire a finalement été cédé à un nouvel acquéreur.
Désormais géré par des spécialistes du charter comme Camper & Nicholsons et Big Blue Expeditions, le mythique navire d'exploration est accessible à la location privée. Une opportunité inédite pour quelques privilégiés de naviguer sur les traces des plus grandes expéditions scientifiques maritimes modernes.
FAQ : Tout savoir sur le yacht Octopus
Quelle est la longueur exacte du navire Octopus ?
Le mega-yacht mesure exactement 126 mètres de long (soit 413 à 414 pieds). Lors de son lancement en 2003 par le chantier allemand Lürssen, il figurait parmi les plus grands yachts privés jamais construits au monde.
Qui était Paul Allen, son premier propriétaire ?
Paul Allen (1953-2018) est le cofondateur de la société Microsoft aux côtés de Bill Gates. Philanthrope, passionné d'océanographie et de musique, il a financé de nombreuses campagnes scientifiques et d'exploration sous-marine grâce à la flotte de navires qu'il possédait.
Peut-on louer le navire Octopus aujourd'hui ?
Oui. Racheté par un nouvel acquéreur après le décès de Paul Allen et bénéficiant d'une remise en état complète en 2019, Octopus est désormais proposé sur le marché du charter haut de gamme pour des croisières et des expéditions sur mesure dans le monde entier.
La passion de la mer en partage
L'histoire d'Octopus prouve à quel point la passion maritime peut repousser les frontières de la connaissance et de la navigation. Qu'il s'agisse de sonder des abîmes à 1 000 mètres sous la surface ou de simplement partager une sortie côtière entre passionnés au coucher du soleil, la mer reste cet espace unique de liberté et de découverte. Si vous cherchez des coéquipiers pour vos prochaines navs ou souhaitez découvrir de nouveaux horizons depuis nos pontons, la communauté ShareMySea vous attend pour partager la barre et l'amour du large.
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